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EROS MEDECIN
 

 

 

 

 

 

 
    Pour le médecin Cureau de La Chambre, l'amour est une passion, un de ces " mouvements de l'appétit par lesquels l'âme tâche de s'approcher du bien et de s'éloigner du mal ". Elle l'est même superlativement, puisqu'à l'en croire, elle est " la source de toutes les passions " et de " tous les biens et les maux qui arrivent aux hommes " . Appétit de beauté, elle conduirait à la vertu si notre nature était bonne. Elle ne l'est plus, " et il ne faut pas s'étonner si cette flamme divine, se nourrissant parmi les vices dont la nature est infectée, ne produit que de sales désirs, ne forme que de mauvais desseins, et si au lieu des biens que le pénitent [ou la pénitente] devrait apporter aux hommes, elle ne leur cause que des troubles, des soucis et des malheurs ". Mal insidieux. l'amour s'introduit en nous subrepticement et prend possession de notre être avant que nous ayons songé à nous en défendre. Suave douceur à ses débuts, il se transforme vite en " un feu qui embrase tout ". Le voilà maladie quasi sans remède...
   
    A la simple pensée de l'objet aimé, l'amoureux pleure et rit à la fois. I1 rougit. Ses lèvres se dessèchent. I1 bégaie au lieu de parler : " L'humidité que le désir lui fait monter à la bouche les noie et les étouffe ". I1 " n'entend pas la moitié de ce qu'on lui dit " et répond avec confusion, entremêlant ses propos de grands et longs soupirs. " I1 est pâle et maigre, il perd l'appétit, il ne peut dormir, et si quelquefois la tristesse et la lassitude l'assoupissent, son sommeil est sans cesse interrompu par les songes, qui souvent donnent plus de peine à son esprit que les maux véritables qu'il endure. " S'il voit la personne aimée, si on la nomme en sa présence, si quelque chose lui en réveille le souvenir, " au même instant, son cur s'élève et s'agite, son pouls se rend inégal et déréglé Tantôt les frissons le saisissent, tantôt la chaleur allume tout son sang Enfin, il se sent frappé d'une maladie qui se rit de l'art des médecins et qui ne trouve point de remèdes que dans la mort ou dans l'amour même ". La description clinique du médecin rejoint parfaitement la thématique des poètes. Les spectateurs de Racine reconnaissent sans peine chez Phèdre les principaux symptômes de la maladie d'amour selon Cureau de La Chambre.