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EROS MEDECIN
 

 

 

 

 

 

 
    Amour, médecine et poésie
   
    Du Laurens reprend donc, dans un livre sérieux, les traditionnels conseils du bon sens, sans craindre de les présenter quelquefois sous leur forme poétique. I1 renvoie même, en cas de besoin et pour plus ample information, à Nigide, Samocrate et Ovide, qui " ont décrit en leurs livres des remèdes d'amour ". Les fameuses recettes pratiques du poète latin sont mises sur le même pied que celles des Pythagoriciens et des médecins. On peut y voir un exemple supplémentaire de l'unité d'une culture où le technique et le poétique ne se distinguent point encore. On peut y voir aussi un aveu d'impuissance. Tous les remèdes sont équivalents, parce qu'aucun n'est vraiment opérant.
   
    Une ruse du diable
   
    Telle est sans doute la signification de l'anecdote qui clôt le chapitre. L'auteur y rapporte un des remèdes proposés par les Anciens contre la " passion érotique ", mais dont les chrétiens ne doivent pas user parce qu'ils sont " diaboliques " : boire du sang de celui ou de celle qui a causé le mal. Ainsi aurait été guérie Faustine, femme de Marc-Aurèle, sur les conseils de mages chaldéens. Elle se mourait d'amour pour un jeune gladiateur. On " fit tuer secrètement l'escrimeur ". Elle but de son sang. Son mari coucha avec elle le soir même. Sa flamme s'éteignit en effet, mais " de cet embrassement fut engendré Antonin Commode, un des plus sanguinaires et cruels empereurs de Rome, qui ressemblait plus au gladiateur qu'à son père et ne bougeait jamais d'avec les escrimeurs ".
   
    On sourit à un tel récit en se demandant si Faustine n'avait pas tout simplement utilisé le premier remède de la mélancolie amoureuse, le seul efficace, et passé son envie de posséder le gladiateur. Elle aurait bu ensuite sans peine le sang destiné à la guérir et donné à un fruit déjà conçu le père dont il avait besoin. Mais cette interprétation trop rationnelle n'allait pas dans le sens du médecin, qui entendait surtout montrer la toute puissance de la passion et l'inefficacité des remèdes. Même leur succès apparent peut se retourner contre les hommes. Le médecin a beau vouloir les délivrer d'Eros, il n'en a ni le savoir ni le pouvoir.
   
    La passion amoureuse est une ruse du diable. " Voilà, écrit du Laurens pour conclure à la fois l'histoire de Faustine et son chapitre, comme Satan use toujours de ses malicieuses ruses et comme une infinité d'imposteurs et affrontants vont abusant le monde. " Tentation insurmontable, la passion est presque un péché dès le temps où elle est conçue, puisque la volonté est incapable d'en venir à bout et qu'on ne peut pratiquement s'en débarrasser que par la satisfaction des mauvais désirs qu'elle engendre. Vision de la passion doublement pessimiste, puisqu'elle conduit au mal, et qu'elle ne dure que si elle reste insatisfaite, et donc malheureuse et douloureuse.