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EROS MEDECIN
 

 

 

 

 

 

 
    Médecine et littérature
   
    On l'a montré pour l'image de la femme et l'idée qu'elle se fait de son être : les traités de médecine et les ouvrages de droit, avec les pratiques quotidiennes qu'ils impliquent et l'idéologie qu'ils supposent et soutiennent, n'ont pas moins d'importance sur les mentalités collectives que les livres de morale et les descriptions littéraires . Dans le cas de l'amour-passion, prédicateurs et médecins sont d'accord pour condamner ce qui est, pour les uns, une maladie de l'âme qui conduit au péché, et pour les autres un mal de l'âme se prolongeant en maladie capable de ruiner la santé physique et morale. Mais tandis que les premiers sont hostiles à l'assouvissement du désir, qu'ils condamnent au même titre que la paillardise, les seconds ne se gardent de conseiller ouvertement ce qu'ils pensent être le seul et unique vrai remède de la mélancolie amoureuse que pour ne pas heurter les moralistes de front et parce que le remède ne dépend pas du seul malade
   
    En affirmant la grandeur et l'invincibilité de l'amour-passion en accord avec la tradition antique qui reconnaissait la toute-puissance du désir, prédicateurs et médecins contribuent sans le vouloir à valoriser cette passion qu'on n'a plus le droit d'assouvir sans péché. Ils en parlent pour la guérir, mais enfin ils en parlent. Comme le confesseur disserte du sexe avec son pénitent (ou sa pénitente) pour en circonscrire les dangers , le médecin traite avec son malade de la passion mélancolique, c'est-à-dire du désir, pour l'en détourner. Ils lui donnent, malgré eux, ce surcroît d'existence que seule peut conférer la parole. Ils fournissent sans le vouloir un langage aux poètes et aux romanciers qui s'y intéressent. A moins que ce ne soit l'inverse .